C'est un tabou qui persiste depuis des décennies. Les acouphènes, ces sifflements ou bourdonnements permanents dans les oreilles, touchent une écrasante majorité des professionnels de la musique électronique. Pourtant, l'industrie continue de détourner le regard.

Selon une étude publiée en 2023 par le British Journal of Audiology, plus de 70 % des DJs professionnels présentent une forme de déficience auditive, allant de l'acouphène léger à la perte auditive sévère. Un chiffre alarmant qui ne semble pourtant émouvoir ni les organisateurs de festivals, ni les labels, ni les managers.

Des niveaux sonores systématiquement dangereux

Dans les festivals de grande envergure, les niveaux sonores dépassent régulièrement les 100 décibels (dB). Or, des lésions auditives permanentes peuvent survenir dès 85 dB lors d'expositions prolongées. Un DJ qui mixe deux heures sur un mainstage est exposé à des niveaux équivalents à ceux d'un marteau-piqueur.

« Les retours de scène sont le vrai problème. Vous avez 40 000 personnes devant vous, le son est poussé au maximum, et les moniteurs de scène crachent directement dans vos oreilles. C'est une bombe à retardement. » — Dr. Sarah Vanhée, ORL spécialisée en traumatismes sonores, CHU de Lille

Le cas récent de Lost Frequencies, contraint d'annoncer sa retraite à seulement 32 ans, a remis le sujet au centre des conversations. Mais il est loin d'être isolé. Laidback Luke a publiquement évoqué ses propres problèmes auditifs dès 2019. Roger Sanchez, légende de la house music, témoigne régulièrement des effets dévastateurs des acouphènes sur sa vie quotidienne.

Un début de prise de conscience ?

Quelques initiatives émergent timidement. Tomorrowland a annoncé l'installation de « zones de repos sonore » pour ses prochaines éditions. L'Amsterdam Dance Event (ADE) a intégré des workshops sur la santé auditive dans sa programmation 2025. Certaines marques comme Earasers et ACS proposent désormais des protections sur mesure adaptées aux DJs.

Mais ces mesures restent largement insuffisantes face à l'ampleur du problème. Tant que l'industrie ne réglementera pas sérieusement les niveaux sonores et ne rendra pas obligatoire le port de protections auditives pour les artistes, les carrières brisées continueront de s'accumuler.